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ACTUALITES THEAPEUTIQUES 21.10.2000
SEMINAIRE DE FORMATION EN HEPATO-GASTRO- ENTEROLOGIE
Patrice COUZIGOU
Hôpital Haut-Lévêque 33604 PESSAC
PLAN
1.INTRODUCTION
2.DONNEES ACTUELLES
- Réponse à long terme
- Sujets rechuteurs
- Non-répondeurs
3.PERSPECTIVES THERAPEUTIQUES
- Interféron quotidien - Interféron pégylé
- Ribavirine
- Potentialisation de l'interféron, de l'association interféron-ribavirine
- cytokines
- Perspectives plus lointaines
4.REFERENCES ( 73 sur demande à VIRUSC@kyxar.fr )
1.INTRODUCTION
Le traitement des malades ayant une hépatite chronique à VHC (VHC : virus de l'hépatite C) est
actuellement basé sur l'association interféron alpha-ribavirine en dehors de contre-indications à la
prescription de la ribavirine. Le pourcentage de réponses virologiques prolongées après interféron plus
ribavirine prescrits 24 à 48 semaines est plus de deux fois supérieur à celui observé après interféron
prescrit seul pendant 48 semaines. L'utilisation de l'interféron pégylé en association à la ribavirine
devrait améliorer ces résultats. Les thérapeutiques moléculaires représentent un futur plus lointain du
traitement des hépatites chroniques C.
2.Données actuelles
Deux larges études randomisées publiées fin 1998 (1, 2) confirmant une étude randomisée
antérieure de moindre ampleur (3), ont rendu obsolète le traitement par interféron seul (fig, l ). Mille sept
cent quarante quatre malades, non traités préalablement, ont été inclus dans ces deux études, avec pour
principal critère de jugement la non-détection de l'ARN du VHC au niveau sérique six mois après la fin
du traitement (réponse prolongée). Chez les malades traités par interféron seul, la réponse virologique en
fin de traitement était identique (29 fl) après 24 ou 48 semaines de traitement, mais le pourcentage de
réponse prolongée était plus élevé après 48 semaines de traitement, (16 fl contre 6 fl après 24 semaines
de traitement) confirmant des données antérieures ayant conduit à une AMM d'un an de traitement par
interféron seul. Résultat essentiel de ces études, les réponses virologiques obtenues avec la bithérapie
étaient nettement plus fréquentes en fin de traitement et plus encore six mois après le traitement (fig. l ).
Le pourcentage de réponses prolongées était plus élevé (41 fl) après 48 semaines de traitement combiné
qu'après 24 semaines (33 fl). Un résultat similaire était obtenu pour les réponses biochimiques et les
réponses histologiques six mois après la fin du traitement. Les principaux facteurs prédictifs de réponse
selon la durée du traitement étaient essentiellement virologiques. Les sujets contaminés par une souche
virale de type 2 ou 3 avaient une réponse virologique prolongée dans deux tiers des cas, le traitement de
24 semaines étant aussi efficace que celui de 48 semaines. Par contre, en cas de souche virale de type 1,
le traitement de 48 semaines était supérieur (30 fl) à celui de 24 semaines (17 fl), (fig. 2) surtout en cas
de forte multiplication virale définie comme supérieure à 2 millions de copies/mL (Technique NGI, non
commercialisée en France) (fig. 3).
Ces données ont conduit à des recommandations effectuées par une Conférence de Consensus
Intemationale en 1999 : traitement de six mois en cas de génotype 2 ou 3, quelle que soit la virémie ;
traitement de six mois en cas de génotype 1 avec faible charge virale (moins de 2 millions de copies/mL
Technique NGI) : traitement de 12 mois en cas de génotype 1 avec forte charge virale (plus de 2 millions
de copies/mL Technique NGI) (4). Ces recommandations ont été reprises dans l'AMM française, la
posologie étant de 3.10 000 000 unités par injection, une injection 3 fois par semaine pour l'interféron alpha et
de 1000 ou 1200 mg quotidien pour la ribavirine selon le poids (inférieur ou supérieur à 75 kg).
Cette proposition thérapeutique a été critiquée en janvier 2000 dans un article analysant de façon
groupée les résultats des deux études précitées (5) ; le génotype et la charge virale étaient des variables
indépendantes de la réponse prolongée, de même que la durée du traitement et l'association ribavirine-
interféron mais trois autres variables étaient aussi individualisées comme favorisant une réponse
prolongée : le sexe féminin, un âge inférieur à 40 ans, une fibrose hépatique faible ou absente. Ces
données conduisent les auteurs à proposer de traiter 24 semaines les malades ayant 4 ou 5 facteurs
favorables parmi les facteurs suivants : génotype, charge virale, sexe, âge, fibrose. Chez tous les malades
ayant moins de quatre facteurs favorables, un traitement de 48 semaines est proposé (5). L'utilisation de
ces critères aboutit à traiter 48 semaines 79 fl de la population ARN négatif après 24 semaines de
traitement contre environ 50 fl selon les critères actuels de l'AMM. Elle paraît séduisante mais les
auteurs ont changé la valeur différenciant les faibles et fortes charges virales entre leurs premières
publications (2 millions de copies/mL (1, 2)) et la demière (3,5 millions de copies/mL (5)). Pour changer
leur analyse, ils argumentent essentiellement sur l'absence de seuil et ils choisissent d'utiliser la médiane
des valeurs de charge virale. Sur ces nouvelles bases, ils critiquent les conclusions de la Conférence de
Consensus (4) basées sur la valeur seuil de 2 millions, ce qui est très discutable. En effet, l'analyse à partir
des données de l'article montre que pour les génotypes 1, 4, 5, 6 avec faible charge, (seul sous-groupe
analysable sur les données disponibles du fait d'erreurs de chiffres dans l'article, signalées aux auteurs)
les différences sont importantes, le critère 2 millions étant associé à 35 fl de réponse virologique
prolongée contre 22 fl avec le critère 3,5 millions. De plus, l'argumentation est fragile les auteurs
écrivant : "5 facteurs représentant 32 combinaisons différentes, il paraît impossible de tester par des
essais randomisés prospectifs tous les scénarios. Il paraît raisonnable d'arrêter le traitement (à 24
semaines) en cas de présence de presque tous les facteurs favorables soit 4 ou 5 facteurs (5)". Enfin, cette
nouvelle proposition tient peu compte du rapport bénéfice-effets indésirables du traitement et de
l'importance relative des cinq facteurs indépendants, l'odd-ratio étant très faible pour l'âge, le sexe, la
fibrose (tableau 1). Très récemment, Hoofnagle a proposé 24 semaines de traitement en cas de génotype
2 ou 3 et 48 semaines en cas de génotype 1, du fait de la variabilité des techniques de mesure de la charge
virale et des fluctuations spontanées de la virémie rendant à son avis ce paramètre d'utilisation difficile(6).
En conclusion, les recommandations de la Conférence de Consensus restent valides en tenant sans
doute davantage compte des autres variables indépendantes (âge, sexe et surtout fibrose) dans les
situations intermédiaires. L'indication du traitement dépend essentiellement du résultat de la biopsie
hépatique. Chez les sujets ayant un score Métavir de fibrose F0 ou Fl, il n'y a pas actuellement
d'indication de traitement sauf en cas de risque de contamination de l'entourage (chirurgien, prostituée)
ou de manifestations extra-hépatiques invalidantes et liées à l'infection à virus C. Chez les sujets ayant
un score Métavir F2, F3 ou F4 et une maladie active, un traitement est à envisager. Chez les sujets à
transaminases normales de façon répétée, sans consommation d'alcool à risque, les lésions histologiques
hépatiques sont en général minimes. L'indication d'une biopsie hépatique reste discutée. L'efficacité de
l'association interféron-ribavirine chez les sujets à transaminases normales ou de façon plus large chez
les sujets à lésions hépatiques minimes reste à évaluer.
En fait, l'intérêt majeur de l'analyse globale des données publiées en janvier 2000 (5) réside sans
doute dans l'utilisation des données quantitatives de la charge virale qui ne paraît pas optimale, même si
les auteurs n'ont pas réellement utilisé ces données : la recommandation actuelle est de pratiquer une
recherche qualitative de l'ARN du VHC à 24 semaines avec arrêt du traitement si ARN positif et si un
traitement de 48 semaines avait été envisagé (sans tenir compte du problème spécifique d'un traitement
prolongé à visée antifibrosante et/ou de prévention du carcinome). Sous traitement par interféron seul, la
recherche d'ARN était proposée à 3 mois. La proposition d'une recherche d'ARN qualitatif à 6 mois a
été basée sur le fait qu'avec la bithérapie, 4 % (traitement de 24 semaines) à 10 % (traitement de 48
semaines) des patients avec ARN positif à 12 semaines avaient une réponse virologique prolongée (5).
Pour autant, la mesure de la charge virale à 12 semaines, voire à 4 semaines, apporte des informations
majeures, non exploitées : en cas de traitement de 24 semaines, si la virémie est supérieure à 400 000
copies/mL (technique NGI) à 4 semaines, aucune réponse virologique prolongée n'est observée. Si le
traitement est prévu pour 48 semaines, une virémie supérieure à 400 000 copies/mL à 12 semaines exclut
totalement une réponse virologique prolongée (5). Il est donc possible, avec une virémie quantitative à
12 semaines (voire à 4 semaines si le projet thérapeutique est de 24 semaines) d'interrompre le traitement
assez tôt pour épargner au malade des effets indésirables, envisager éventuellement une nouvelle
thérapeutique, et mieux utiliser les ressources financières de la collectivité. Cette démarche sera favorisée
par la standardisation indispensable des techniques de quantification du VHC, en cours actuellement : 2
millions de copies/mL (NGI) soit 6,3 log 10 copies/mL équivalent à 800 000 UI/mL soit 5,9 log 10 UI/mL
(7).
Les effets indésirables de la bithérapie conduisent à un arrêt du traitement dans environ 5 à 10 fb
des cas dans les 24 premières semaines, et 10 à 20 fb des cas si le traitement dure 48 semaines (8). Une
réduction de la posologie est nécessaire dans moins de 10 fb des cas lors d'un traitement de 48 semaines
(1, 2). La ribavirine, en dehors du problème de tératogénicité et de l'anémie par hémolyse, majore les
effets indésirables de l'interféron : prurit, congestion nasale, toux, dyspnée, rash cutané, (9) vraisembla-
blement par sécheresse cutanéo-muqueuse.
En cas de contre-indication à un traitement par interféron, une monothérapie par la ribavirine a
été proposée par certains auteurs : dans une étude randomisée, les sujets qui normalisaient leurs
transaminases avaient une amélioration histologique significative après 36 semaines de traitement (10).
D'autres études sur 24 semaines n'ont pas mis en évidence de différence significative sur le plan
histologique. En cas de contre-indication à un traitement par ribavirine, une monothérapie par interféron
peut être envisagée, tout particulièrement si la fibrose est sévère : la supériorité d'un traitement de 48
semaines par rapport à 24 semaines est démontrée (fig. l et fig. 2) (1, 5). Les résultats obtenus pour le
génotype 1 sont très médiocres mais l'indication thérapeutique doit aussi tenir compte d'un probable effet
antifibrosant (11) ou anticarcinogène (12-14) de l'interféron.
En cas de réponse virologique six mois après un traitement par interféron seul, le maintien de ce
résultat a été observé dans les études prolongées durant 5 à 12 ans (15, 16). Le recul avec la bithérapie
est moindre mais les premiers résultats 12 à 18 mois plus tard sont favorables : dans trois études
randomisées comportant 2089 malades non préalablement traités (1, 2) ou rechuteurs (17), 558 réponses
prolongées ont été observées. 393 malades ont pu être inclus dans un suivi à long terme, dont 272 plus
de 18 mois. Selon le traitement administré, les rechutes observées ont été de 4,2 9b après interféron 48
semaines, 2,8 9b après interféron-ribavirine 24 semaines et 1,8 9b après interféron-ribavirine 48 semaines.
Le génotype et la charge virale préthérapeutique n'étaient pas significativement liés au résultat à long
terme (18). Des résultats comparables ont été observés dans une courte série montrant également une
disparition de l'inflammation et une régression importante de la fibrose hépatique (19).
L'association interféron-ribavirine a également prouvé sa supériorité par rapport à l'interféron
seul dans le traitement des malades rechuteurs après un premier traitement par interféron.
" Une méta analyse récente n'objective que 14,8 9b de réponses virologiques prolongées après
retraitement par interféron seul, même si la tolérance était décrite excellente (20). Le traitement par
interféron pendant 12 mois entraîne un pourcentage de réponse plus élevé d'environ 50 9b (21). La
prescription d'interféron seul chez des rechuteurs n'est à envisager qu'en cas de contre-indication à la
ribavirine, chez des sujets non cirrhotiques et non infectés par le génotype 1 (20) : 12 mois de traitement
sont alors à prévoir. En effet, l'association interféron-ribavirine pendant 24 semaines donne dix fois plus
de chances de réponses virologiques prolongées que le traitement par interféron seul : 45 à 49 9b de
réponses après interféron et ribavirine contre 4 à 5 9b après interféron seul (17, 22). Sous interféron-
ribavirine, le génotype 1, ainsi qu'une charge virale forte, sont associés à un plus faible pourcentage de
réponse : 100 9b de réponses virologiques prolongées en cas de génotype non 1 avec charge virale faible,
25 9b de réponses virologiques prolongées en cas de génotype 1 avec charge virale forte (17) chez les
rechuteurs à l'interféron seul. L'association interféron-ribavirine prescrite 48 semaines pourrait être plus
efficace que pendant 24 semaines, en particulier dans le sous-groupe génotype 1 et forte charge virale en
analogie avec les résultats chez les sujets non préalablement traités. Cette hypothèse n'a cependant été
que peu étudiée : en cas de charge virale élevée avant traitement, la poursuite du traitement après 24
semaines de bithérapie pendant 24 semaines supplémentaires donne des résultats analogues qu'il s'agisse
d'interféron plus ribavirine ou d'interféron seul mais on ne peut exclure que l'arrêt du traitement à 24
semaines ne se soit accompagné de résultats semblables (23). Une étude randomisée récente a comparé,
chez des rechuteurs après interféron seul, 12 mois d'interféron à 12 mois d'interféron ribavirine mais sans
comparaison avec un groupe traité 6 mois. Les résultats à 12 mois de la bithérapie étaient supérieurs à
ceux de l'interféron seul mais ne paraissaient pas supérieurs à ceux observés dans les études de 24
semaines (24). Une autre courte étude randomisée est en faveur de la bithérapie 48 semaines : 72 9b de
réponses prolongées contre 36 9b pour la bithérapie pendant 24 semaines, les différences étant surtout
nettes en cas de génotype 1 à forte charge virale (25). L'avènement de la bithérapie fait qu'une réponse
scientifique complète à la question de l'interféron-ribavirine 24 ou 48 semaines chez les rechuteurs ne
sera sans doute jamais donnée, le problème thérapeutique actuel chez les rechuteurs étant surtout celui
du traitement des malades rechuteurs après une bithérapie initiale : sous interféron plus ribavirine, le
pourcentage de rechuteurs (chez les sujets ARN du VHC négatifs en fin de traitement) reste encore de
40 fl après 24 semaines de traitement et de 21 fl après 48 semaines de traitement (d'après fig. l ). Il était
de 45 ni après 48 semaines de traitement par interféron seul (5). Actuellement, de façon analogue aux
malades non préalablement traités, l'interféron-ribavirine ne parait à prescrire 48 semaines chez les
rechuteurs à l'interféron seul qu'en cas de génotype 1 à forte charge virale.
La définition de la non-réponse (NR) a d'abord été biochimique, basée sur l'absence de
normalisation de l'activité sérique des transaminases sous traitement. Actuellement, la définition de la
non-réponse est virologique : absence de négativation de l'ARN du VHC au niveau sérique. Une
dissociation entre la réponse biochimique et virologique a été observée avec le traitement par interféron
seul, parfois importante, sans doute du fait de la sensibilité accrue des techniques virologiques de
détection de l'ARN du VHC. Dans une étude récente, près de la moitié des malades avec normalisation
de l'activité sérique des transaminases sous traitement avait un ARN du VHC détectable au niveau
sérique (26). Dans les deux grandes études randomisées récentes (1, 2) chez 1 011 malades traités par
interféron et ribavirine 24 ou 48 semaines, le pourcentage de normalisation de l'activité sérique des
transaminases est supérieur de 10 fl (24 semaines de traitement) à 17 ni (48 semaines de traitement) au
pourcentage de non-détection de l'ARN du VHC sérique en fin de traitement, l'écart se réduisant entre 2 ni
(24 semaines de traitement) et 3 ni (48 semaines de traitement) 24 semaines après la fin du traitement.
Une différenciation entre non-réponse complète et non-réponse partielle tend à se faire, basée certes sur
l'importance de la chute des valeurs de l'activité sérique des transaminases mais surtout sur l'importance
de la diminution de la virémie.
La bithérapie interféron-ribavirine a été prescrite aux posologies de l'AMM chez les malades
non-répondeurs à un premier traitement par interféron seul. Une réponse virologique prolongée n'est
observée que dans moins de 20 ni des cas (27, 28).
- chez des malades NR, ayant une contre-indication à l'interféron, la ribavirine a été prescrite en
monothérapie. Il n'a pas été observé d'effet virologique mais l'activité sérique des transaminases a été
normalisée dans 25 ni des cas avec une amélioration histologique (non significative) (29).
- la constatation d'une NR après 3 mois d'interféron seul, avec ARN du VHC positif, a conduit à
évaluer l'intérêt d'une augmentation progressive de la posologie. Cette escalade thérapeutique n'est
habituellement pas efficace (30, 31) alors que des posologies plus élevées dès le début du traitement sont
bénéfiques, bien qu'au prix d'une moins bonne tolérance (32). Cette différence pourrait s'expliquer par
une sélection de quasi-espèces plus résistantes.
- un retraitement par interféron seul chez des sujets non répondeurs virologiques donne des
résultats médiocres : en général moins de 20 9l de réponse en fin de traitement, avec de 0 % à 5 9l de
réponses prolongées. A noter que les rares réponses prolongées ont été surtout décrites chez des sujets
échappeurs (21, 33, 34). Une étude utilisant de l'interféron consensus (non commercialisé en France) à
15 pg 3 fois par semaine pendant 12 mois a montré 13 9l de réponses prolongées chez des malades NR
à l'interféron alpha seul (35).
- chez les sujets non-répondeurs partiels à l'interféron seul, avec une diminution de la virémie et
des transaminases, mais avec ARN du VHC détectable au niveau sérique, la poursuite du traitement par
interféron s'accompagne d'une amélioration au niveau biologique, virologique et aussi histologique.
Chez les malades ayant une fibrose sévère, pour lesquels il n'y aurait pas d'autre traitement à proposer,
il s'agit d'une possibilité thérapeutique à discuter (36).
- chez des malades non préalablement traités, sous interféron seul prescrit 48 semaines, la NR
était observée dans au moins 71 9l des cas alors que l'association interféron-ribavirine diminuait le
pourcentage de NR entre 45 et 49 9l des cas (1, 2, 5). A noter cependant que ces pourcentages sont
probablement sous estimés, les études effectuées ne comportant qu'environ 5 9l de malades au stade de
cirrhose. Cependant, même en l'absence de négativation virologique, lorsque la chute de la virémie était
d'au moins un logarithme (soit 25 à 33 9l des malades), une amélioration histologique a été observée
(37).
3.Perspectives thérapeutiques
Les connaissances accumulées depuis quelques années sur le virus C laissent espérer
d'importants progrès thérapeutiques : antihélicases, antiprotéases, antipolymérases, ribozymes,
molécules antisens, vaccins thérapeutiques... Peu d'informations sont actuellement accessibles sur ces
nouvelles thérapeutiques et il n'est pas aisé de prévoir dans combien d'années elle pourront être utilisées
et quels en seront les apports réels. Ces "traitements du futur" ne seront pas abordés dans ce texte.
Les traitements actuellement disponibles ne sont sans doute pas utilisés de façon optimale. Les
données récentes sur la cinétique de l'infection à VHC ainsi que la prise en compte de la pharmacociné-
tique de l'interféron exogène ont suscité de nouvelles modalités d'utilisation de l'interféron et le
développement d'interférons retards ou interférons pégylés (molécules associant, selon des
méthodologies différentes, de l'interféron et du polyéthylène glycol).
L'interféron exogène, administré par voie sous cutanée, n'est pratiquement plus détectable 24
heures après son injection (38, 39). Une diminution de la charge virale circulante du VHC est observée
24 heures après l'injection d'interféron mais la charge virale du VHC augmente de nouveau à 48 heures
(40) soulignant les limites du rythme d'injection classique de 3 injections par semaine. Les études de
charge virale du VHC sous interféron ont considérablement accru les connaissances sur la cinétique du
VHC, grâce à des modélisations mathématiques. L'effet principal de l'interféron est de bloquer la
production ou le relargage du VHC. Après injection d'interféron, la charge virale reste en plateau pendant
environ 8 heures. Une première phase de diminution survient, rapide, durant 24 à 48 heures en rapport
avec l'élimination des particules virales libres. Une deuxième phase d'élimination, plus lente, est ensuite
observée en lien avec l'élimination des cellules infectées par le VHC (fig. 4). La demi-vie plasmatique
estimée du VHC est de 2,7 heures et la production quotidienne de loi 2 particules virales par jour. La
mortalité estimée des cellules infectées par le VHC est très variable avec une demi-vie estimée variant de
1,7 à 70 jours (41). La demi-vie du VHC, ainsi que celle des cellules infectées, est plus brève pour le
génotype 2 que pour le génotype 1, pouvant contribuer à expliquer les différences de réponses
thérapeutiques selon les génotypes (42). Ces données ont conduit à l'utilisation d'interféron administré
quotidiennement et au développement des interférons pégylés, dont la pharrnacocinétique permet
l'obtention de taux sériques thérapeutiques d'interféron durant la presque totalité ou la totalité d'une
semaine.
Après administration quotidienne d'interféron, une meilleure réponse virologique est obtenue
avec une pente de l'élimination virale plus rapide et une négativation plus fréquente de la virémie (21,
43). Dans les études actuellement publiées, l'interféron n'a été administré de façon quotidienne que
pendant des durées brèves en général de 4 semaines ou moins, rarement de 12 semaines. A l'arrêt du
traitement quotidien, une rechute est le plus souvent observée avec un pourcentage de négativation
proche de celui obtenu avec l'administration d'interféron trois fois par semaine. Cette modalité d'admi-
nistration est souvent appelée traitement d'induction. Le terme induction devrait plutôt être réservé aux
posologies plus fortes, plus qu'aux modalités d'administration, étant donné les connaissances actuelles
sur la cinétique du VHC sous interféron en faveur d'une administration quotidienne pendant toute la
période thérapeutique. La vitesse de décroissance virale lors de la deuxième phase d'élimination
(compartiment de cellules infectées), plus lente que lors de la première phase, permet d'estimer qu'un
traitement quotidien de plus de 12 semaines (24 semaines ou 48 semaines ?) est nécessaire pour espérer
éradiquer de façon durable l'infection à VHC. Le gain thérapeutique sera à évaluer par rapport aux effets
secondaires induits par l'interféron quotidien. L'intérêt de l'association interféron quotidien-ribavirine
est en cours d'évaluation chez les sujets non préalablement traités et chez les sujets non répondeurs à
l'interféron.
La conjugaison de l'interféron au polyéthylèneglycol (PEG) modifie profondément la pharrnaco-
cinétique de l'interféron, avec des concentrations plus stables et prolongées, permettant son
administration par voie sous-cutanée une seule fois par semaine. L'interféron pégylé induit des réponses
virologiques prolongées de façon nettement plus fréquente que celles obtenues avec l'interféron alpha
simple, ces résultats étant observés pour les deux interférons pégylés, alpha 2a ou alpha 2b, dans des
études incluant un grand nombre de malades : l'interféron pégylé cc 2a à 180pg 1 fois par semaine
pendant 48 semaines entraîne 39 fb de réponses virologiques prolongées contre 19 fb sous interféron cc 2
a prescrit à 3 injections par semaine à une posologie de 6 millions par injection les 24 premières semaines
puis à 3 millions par injection (44). L'interféron pégylé "2b prescrit 1 fois par semaine pendant
48 semaines induit 25 ib (à la posologie de 1 pg/kg) et 23 ib (à la posologie de 1,5 pg/kg) de réponses
virologiques prolongées contre 12 ib sous interféron " 2b à 3 millions d'unités par injection (45). Les
techniques de pégylation étant différentes, la question se pose de l'efficacité analogue ou non des deux
molécules ; les résultats actuels sont en faveur de l'interféron pégylé " 2a mais on ne peut comparer sans
beaucoup de réserves deux études différentes incluant des malades dont les caractéristiques ne sont pas
strictement identiques. Dans une étude chez des malades cirrhotiques (en fait malades avec une fibrose
F3 ou F4, dont 80 ib environ de F4) l'interféron pégylé " 2a prescrit à 180 pg 1 fois par semaine pendant
48 semaines a induit 43 ib de réponses virologiques en fin de traitement et 29 ib de réponses virologiques
prolongées (46). L'interféron pégylé " 2a, par rapport à l'interféron ", augmente la clairance virale de
la première phase d'élimination, accroît la mort des cellules infectées avec accentuation de la deuxième
phase d'élimination. L'effet est génotype dépendant avec une plus forte résistance pour le génotype 1
(47).
La tolérance des interférons pégylés est comparable à celle de l'interféron standard avec un
pourcentage d'arrêt thérapeutique analogue et une tendance à une diminution posologique plus fréquente
surtout pour des raisons de tolérance hématologique.
Il est clair que l'interféron pégylé est nettement plus efficace que l'interféron alpha standard pour
induire une réponse virologique prolongée, les résultats publiés montrant une réponse avec la forme
pégylée au moins deux fois supérieure. La question essentielle actuelle est de savoir quel gain
thérapeutique entraîne l'interféron pégylé associé à la ribavirine par rapport à l'association interféron
standard-ribavirine. Dans une étude incluant seulement 20 malades, les sujets infectés par le génotype 16
traités par interféron pégylé alpha 2 a et ribavirine avaient 68 ib de réponse virologique en fin de
traitement et 38 ib de réponses virologiques prolongées (48). Les résultats des grandes études en cours
préciseront l'apport exact, en fonction des génotypes et de la charge virale, de l'association interféron
pégylé-ribavirine par rapport au traitement classique interféron standard-ribavirine. L'interféron pégylé
alpha 2b a obtenu l'AMM en monothérapie et devrait être disponible dans le courant de l'automne 2000.
Malgré l'absence de données d'efficacité de l'association interféron pégylé-ribavirine, cette bithérapie
peut être proposée en ATU chez les sujets ayant une fibrose sévère F3 ou F4 et ne pouvant être inclus
dans des protocoles.
Le mode d'action de la ribavirine reste obscur. Un effet immunologique avec modification de la
réponse immunitaire d'une réponse de type Th2 vers une réponse Thl est argumenté (49, 50). Malgré des
études d'abord négatives (51), un effet antiviral avec potentialisation de l'effet interféron dès les premiers
jours est actuellement étayé (38, 52) possiblement par une inhibition de la réinfection des cellules par la
ribavirine (53) ou par cytoprotection ou inhibition directe de la réplication virale avec inhibition de
l'inosine monophosphate dehydrogenase, de l'ARN polymérase ou de la formation de la "cap" structure
(54).
La posologie optimale de la ribavirine n'est pas connue. Des données récentes non encore
publiées sont en faveur d'une moindre efficacité de la ribavirine à une posologie de 800 mg ou moins.
L'intérêt de poursuivre la ribavirine seule après un traitement par interféron-ribavirine n'est pas
étayé, une étude randomisée chez les sujets rechuteurs à l'interféron seul étant négative (55).
Les mécanismes de résistance du VHC à l'interféron sont mal connus. Une séquence spécifique
de la région NSSA du génome est associée à une résistance de l'interféron : 1"'interféron sensitive
dependent région" ISDR (56) : la protéine NSSA se lie et inhibe la protéine kinase PKR induite par
l'interféron (57) La protéine kinase PKR est aussi inhibée par d'autres protéines du VHC, comme la
protéine E2 (58). Une meilleure connaissance des mécanismes moléculaires de résistance (génotype 1 par
rapport à génotype 2 ou 3) de sélection des quasi espèces moins sensibles à l'interféron devrait être très
utile pour le développement des thérapeutiques moléculaires futures.
Actuellement, des essais thérapeutiques tentent d'améliorer la réponse cellulaire à l'interféron en
augmentant la phosphorylation de la STAT 1 (Signal transducers and activators of transcription)
normalement activée après la liaison interféron-récepteur à l'interféron à la surface de la cellule. Les anti-
inflammatoires non stéroïdiens augmentent la phophorylation de la STAT 1 (59). Une étude randomisée,
utilisant le tenoxicam n'a pas montré d'amélioration thérapeutique sous interféron-tenoxicam par rapport
à l'interféron seul (60). Par contre, une amélioration de la réponse virologique prolongée a été observée
sous ketoprofène prescrit deux fois par jour (61).
Une étude randomisée récente met en évidence un effet thérapeutique du zinc associé à
l'interféron, nécessitant confirmation (62).
Chez les sujets non répondeurs à l'interféron seul, l'intérêt de l'amantadine associée à l'interféron
a été envisagé dans des études ouvertes. Il n'a pas été confirmé par une large étude randomisée en double
aveugle chez des sujets non préalablement traités (63). Par contre, chez les sujets non répondeurs à
l'interféron seul, la triple association interféron alpha, ribavirine et amantadine s'est révélée supérieure à
l'association interféron-ribavirine dans une étude randomisée chez 60 malades avec 48 fb de réponse
virologique prolongée contre 5 fb avec la bithérapie (64). Cette étude confirme les résultats obtenus par
la même équipe dans une première étude pilote randomisée (65), mais nécessite d'être reproduite par une
autre équipe chez un plus grand nombre de malades. Son intérêt a été renforcé par la mise en évidence,
dans une étude randomisée, d'une chute plus rapide de la virémie sous interféron-ribavirine-amantadine
en comparaison avec l'interféron associé à la ribavirine (66).
La prédiction précoce de la NR parait possible en cas de chute de la virémie inférieure à 1
logarithme après 4 semaines de traitement et les réponses virologiques prolongées ne seraient observées
qu'en cas de chute de la virémie de plus de 2 logarithmes après 4 semaines de traitement (53).
D'autres cytokines sont en cours d'évaluation. L'ILI2 a des propriétés immunomodulatrices
augmentant la réponse Thl (67). L'IL2 utilisée chez des sujets coinfectés VIH-VHC a été associée à une
éradication du virus VHC dans 2 cas sur 7 (68). L'ILIO est une molécule attractive non pas par un effet
antiviral mais par une action antifibrosante (69).
Les thérapeutiques moléculaires représentent très probablement le futur de la thérapeutique
contre le virus C mais il n'est pas possible de savoir s'il s'agit d'un futur proche ou beaucoup plus
lointain. Des inhibiteurs des enzymes du VHC sont attendus, les structures tridimensionnelles étant
connues : antiprotéases, anti hélicases, anti polymérases. Une autre approche est représentée par les oligo
nucléotides antisens, se liant spécifiquement à l'ARN viral et inhibant ainsi la réplication virale. Une
approche moléculaire différente utilise les ribozymes (ribonucleic acid enzyme) molécules clivant l'ARNde façon spécifique (70-72). La vaccination thérapeutique représente une autre possibilité thérapeutique importante (73).
REPONSE VIROLOGIQUE APRES TRAITEMENT PAR INTERFERON (IFN) SEUL OU ASSOCIE A LA RIBAVIRINE (R) PENDANT 24 OU 48 SEMAINES CHEZ DES MALADES AYANT UNE HEPATITE CHRONIQUE C.
LE TOTAL D'UNE COLONNE REPRESENTE LE POURCENTAGE DE REPONSE EN FIN DE TRAITEMENT.
LA PARTIE BLANCHE LE POURCENTAGE DE REPONSE PROLONGEE (D'APRES POYNARD ET AL.)
